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Chrétiens dans la Cité

Ce blog est le prolongement de la lettre d'information catholique Chrétiens dans la Cité, animée par Denis Sureau. Créée il y a dix ans, elle s'est imposée comme une publication de référence parmi les chrétiens actifs dans la société française, confrontant leur foi à une société séculière. Chrétiens dans la Cité est un organe de presse indépendant, ouvert à toutes les initiatives politiques, sociales et économiques inspirées par une véritable théologie politique.
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Vendredi 21 septembre 2007

Novembre 1995 : une grand-mère anglaise, Veronica Williams, touchée par les problèmes auxquels sont confrontés les enfants, appelle des mères de famille à se réunir pour prier ensemble. C'est ainsi qu'est née la Prière des Mères, aujourd’hui répandue dans plus de 85 pays à travers le monde. Son principe est très simple : deux mères suffisent pour constituer un groupe de prière. Les réunions sont hebdomadaires et discrètes. Les participants peuvent partager leurs peines ou angoisses, avant de les porter dans la prière, en communion avec les autres mères à travers le monde. Un livret traduit en 25 langues sert de support et de lien. La coordonnatrice pour la France (480 groupes recensés) est Caroline de Boisbaudry, une mère de cinq enfants qui a connu le mouvement en Grande-Bretagne lorsqu’elle y résidait.

69 boulevard Lannes, 75116 Paris.   

Tél. : 01 45 04 03 82   

www.prieredesmeres.com

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Lundi 17 septembre 2007

L'archevêque d’Avignon n’a décidément pas fini d’agacer ses confrères. « Il faut absolument dégraisser le mammouth de l'enseignement catholique », déclare Mgr Jean-Pierre Cattenoz dans le Monde de l'Education (sept.-oct.). « Victime de son succès, l'enseignement catholique a perdu son caractère propre », ajoute-t-il dans un entretien publié dans Pèlerin (6/9). « Les chefs d'établissement (...) contrôlent de plus en plus difficilement l'embauche des professeurs. Ceux que les académies nous envoient ne sont pas toujours correctement formés aux missions d'enseignement. En outre, nombre de directeurs reconnaissent eux-mêmes n'être pas croyants ou pratiquants », constate-t-il. Résultat : « par esprit de consensus, les projets éducatifs des établissements se limitent en général au plus petit dénominateur commun: la transmission de valeurs comme le partage ou la tolérance ».

Le constat une nouvelle fois dressé, Mgr Cattenoz ne cesse d’affirmer que « le Christ doit être au centre de l'enseignement catholique ». Il propose « de renégocier avec l'Etat une forme de contrat plus souple, afin de laisser aux chefs de ces établissements plus de latitude dans le recrutement du personnel enseignant ». Il suggère aussi que « les diocèses puissent accueillir des établissements où la proposition de foi soit plus poussée ». Peut-être pense-t-il aux écoles entièrement libres qui se ne cessent de se multiplier : une trentaine de nouveaux établissements ont été ouverts à la rentrée, en même temps que l’Institut libre de formation des maîtres, destiné à former des instituteurs pour les 450 écoles hors contrat. L’ampleur du phénomène conduit aujourd’hui certains directeurs diocésains à adopter une attitude plus ouverte vis-à-vis de ces objets scolaires non identifiés.

La vigueur des analyses de Mgr Cattenoz tranche sur le discours habituel des responsables nationaux de l’Enseignement catholique et de la Conférence des évêques de France (qui, selon Mgr Cattenoz, fait « fausse route »). Eric de Labarre, le nouveau secrétaire général de l’Enseignement catholique, explique notamment que « les enseignants sont tenus de partager les objectifs du projet d’établissement, pas des convictions religieuses » ou que « la catéchèse suppose une liberté de choix et ne peut donc être imposée » (La Croix, 29/8). Et encore : « Il serait suicidaire que l’Enseignement catholique cherche à imposer en son sein ce à quoi il croit, car ce faisant, il contredirait un de ses fondements essentiels. » (Famille chrétienne, 8/9)
par Denis Sureau publié dans : chretiensdanslacite
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Vendredi 7 septembre 2007

Le deuxième groupe bancaire suisse, le Crédit suisse, a lancé deux fonds d'investissement basé sur les principes religieux, l’un chrétien (Christian Values) et l’autre (Al-Buraq) islamique, conforme à la charia. Premier du genre en Suisse, le fond chrétien investit dans des titres à partir de critères d’exclusion – violation du droit à la vie et des autres droits de l’homme, armes, pornographie, alcool, non-respect de la protection de l’environnement… - et de critères de sélection : préservation de la dignité humaine, respect culturel et religieux, promotion de la famille, responsabilité écologique et sociale, solidarité, conduite morale etc. Philippe Röh, gestionnaire du portefeuille, déclare : « Nous proposons un concept de placement innovant, basé sur des principes d’éthique chrétienne, dont la conformité éthique est contrôlée régulièrement par des instances indépendantes. »

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Mardi 4 septembre 2007

DANS LE PREMIER TIERS DU XXe SIECLE, de nombreux intellectuels français s’étaient convertis au catholicisme (voir le livre de Frédéric Gugelot, « La conversion des intellectuels au catholicisme en France, 1885-1935 », Cnrs éditions, 1998). Un tel phénomène est-il susceptible de se reproduire aujourd’hui ? Dans un article publié dans « Valeurs actuelles » (n°3686, 20/7), Laurent Dandrieu remarque : « sans se concerter, sans même se connaître pour la plupart, chacun de leur côté, plusieurs intellectuels, ces dernières années, ont effectué un chemin ou un retour, intime ou tonitruant, véritable conversion ou simple réveil, vers la foi catholique. Plus significatif encore, au lieu de garder cela pour eux, ils ont décidé d’ignorer ce que cette évolution aurait pu leur valoir de railleries, de haussements d’épaules, d’accusations de passéisme et de ringardise, et de revendiquer publiquement leur identité de catholiques. »

QUI SONT-ILS, CES « INTELLOS TENTES PAR LA FOI » ? A l’image de René Girard, considéré dans le monde entier comme le plus grand penseur français vivant, ils se souvent converti à l’issue d’un itinéraire intellectuel les détachant progressivement de la « modernité». Max Gallo, socialiste souverainiste, allie sur un mode assez « péguyste » conversion personnelle et réaffirmation des racines chrétiennes de la France. Très médiatique, l’essayiste Jean-Claude Guillebaud a écrit « Comment je suis redevenu chrétien » (Albin Michel), un livre qui remporte un grand succès. Homme de gauche, éditeur au Seuil, grand reporter, il repousse aujourd’hui un certain nombre d’idoles actuelles sans pour autant professer encore une foi véritable. Ancien maoïste, disciple de Lacan et de Bataille, le philosophe Bernard Sichère publie un livre au titre explicite : « Catholique » (DDB).

CITONS ENCORE LE CORREZIEN DENIS TILLINAC qui, dans « Le Dieu de nos pères » (Bayard), prend vigoureusement la défense du catholicisme. Ou encore le romancier et essayiste François Taillandier. Maurice G. Dantec, punk converti, Léon Bloy post-moderne, dénonciateur déjanté du nihilisme de la vieille Europe, voit en Benoît XVI le « signe divin » du retour d’une « Eglise plus pugnace, beaucoup plus ancrée sur ses traditions scolastiques, patristiques, théologiques ». Disparu en 2006, Philippe Murray, se réclamait du « Dieu du catéchisme de (son) enfance » et vitupérait les errements contemporains. Laurent Dandrieu remarque : « Ce n’est pas une lame de fond, ni même une déferlante, tout de même un courant qui, aussi informel soit-il, intrigue. »

par Denis Sureau publié dans : chretiensdanslacite
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Mardi 21 août 2007

Certains évoquent le spectre du communautarisme catholique comme si les catholiques formaient une communauté parmi d’autres (quoique estimable !) à l’intérieur d’une communauté plus vaste qui serait celle de l’Etat-nation. Une telle vision est sociologique – donc fausse - mais elle n’est pas théologique. Car c’est l’inverse qui est vrai : l’Eglise n’est pas une association particulière parmi d’autres mais une communauté plus vaste, la seule véritablement universelle, « catholique » au sens originel du terme. Accepter le présupposé propre à la modernité libérale selon lequel la « catholica » n’est qu’une partie du tout constitué par la communauté nationale conduit inévitablement à refuser toute prétention de cette partie à imposer ses vues – prétention odieuse et « sectaire ». Contre le projet moderne de privatiser la foi et de marginaliser l’Eglise, nous devons retrouver la dimension publique, sociale, du Salut.

Dans l’Ancien Testament, le Peuple choisi par Dieu qu’est Israël est une communauté politique, et la loi de Dieu régit tous les aspects de la vie humaine. Dans la nouvelle Alliance, le nouveau Peuple de Dieu  se définit comme « Eglise », en référence à l’ekklesia, l’assemblée de ceux qui jouissaient de leurs droits de citoyens dans une polis, un Etat-cité grec. Pas comme une association privée ou une secte. Pas comme la partie d’un tout mais comme un tout, dont la mission s’étend au monde entier et qui comprend au moins en puissance tous les hommes. Cette affirmation a été perçue très vite par l’Empire romain, et Pline a combattu les communautés chrétiennes d’Asie mineure comme autant d’associations politiques subversives. Non, l’Eglise ne défend pas des intérêts particuliers, elle est concernée par les intérêts de la cité entière, de toutes les cités, en tant que témoin de Dieu dans l’histoire. Or Dieu est le seul bien commun à tous les hommes.

Plus tard, la dimension politique de l’Eglise a été davantage visible, d’abord avec les évêques « défenseurs de la cité », puis avec la Chrétienté. Le rôle spécifique des rois était d’assurer un certain ordre au sein même du peuple de Dieu, mission nécessaire quoique temporaire, « temporelle », dans l’attente de la seconde venue du Christ. L’onction royale montrait que même cette responsabilité s’inscrivait à l’intérieur et non à l’extérieur de l’Eglise. Pour comprendre l’articulation entre les fonctions respectives du prince et de l’évêque, les théologiens se référaient aux deux natures (humaine et divine) deux Christ, sans mélange ni séparation. Comme l’a rappelé le théologien américain William Cavanaugh, la différence entre l’autorité temporelle et l’autorité spirituelle était une différence non d’espace mais de temps : est « temporel » ce qui concerne le temps présent, est « spirituel » ce qui concerne l’éternel. Or à partir de la fin du moyen âge, le temporel devient un espace « naturel », « séculier », affirmant toujours davantage son autonomie. C’est alors qu’apparaît l’Etat, contre l’Eglise, progressivement marginalisée, en charge de la « religion » (concept qui prend alors un sens tout nouveau). A l’Etat le pouvoir sur les corps, à l’Eglise le soin des âmes. Renforçant inéluctablement son emprise sur le corps social, il a détruit les formes authentiques de vie sociale ou communautaire : famille, corporations, communes, provinces etc. De la « souveraineté » du monarque devenu absolu, on est passé à la « souveraineté du peuple », elle-même expression de la souveraineté de l’intérêt individuel.

Pour échapper à cette cassure, nous catholiques devons réaliser que l’Eglise est au centre de toute l’histoire humaine. Que c’est à partir du Corps du Christ actif dans la cité des hommes que nous pouvons imaginer une sortie de la sécularisation. Cela implique d’une part que l’Eglise ne cesse de rappeler les exigences de la loi de Dieu aux dirigeants politiques, en puisant dans ses inépuisables ressources. Les évêques ont ici une responsabilité grave. Ils sont dans leur rôle en interdisant (aux Etats-Unis) de communion (mieux encore : en excommuniant) les politiciens pro-avortement, en défiant les gouvernements italiens, portugais et espagnols imposant des lois scélérates, en déclarant immoral le Téléthon, en déclarant injuste la guerre contre l’Irak, etc. Mais cela ne suffit pas.

L’Eglise doit aussi incarner une autre politique, différente de celle du pouvoir athée, et qui transcende les frontières. Quand je parle de l’Eglise, je parle de tous les baptisés, clercs et laïcs, sans négliger pour autant la distinction des vocations. Elle doit se constituer comme un espace social alternatif en multipliant les lieux où l’apprentissage des vertus est possible, où une autorité authentique s’exerce. C’est ce que préconisaient en leur temps les papes Léon XIII et Pie XI en demandant la création d’associations professionnelles (corporations), religieuses et culturelles complètement indépendantes de l’Etat, sous les auspices de l’Eglise. Le principe de subsidiarité a été énoncé à la même époque pour protéger la vie organique des communautés de l’ingérence de l’Etat.

Il faut cependant regretter l’abandon de ce souci par une large part de la hiérarchie ecclésiale. Alors que les évêques devraient encourager la création de corps sociaux alternatifs, ils semblent penser que l’Etat a en puissance la solution à tout problème social. Prenez l’exemple très éclairant de l’enseignement. Vous pouvez envisager de réformer le Mammouth. Bon courage ! Mais en attendant le grand soir hypothétique qui révolutionnera l’Education nationale, il y a des enfants à enseigner ici et maintenant. La création d’écoles entièrement libres est une réponse à un besoin concret. Certaines d’entre elles, par leur vitalité, accueillent désormais des enfants issus de familles dont l’identité est plus large que celles du noyau fondateur, apportant la preuve que nous sommes pas en face d’un « communautarisme catho » replié sur lui-même. Autre exemple. Face au chômage, l’épiscopat français réunit sa commission sociale qui pond une déclaration que personne ne lit. En Italie, les catholiques de Communion et libération, par leurs coopératives et leurs entreprises de toutes sortes, créent des milliers d’emplois. Qui a plus le souci de son prochain ?

par Denis Sureau publié dans : chretiensdanslacite
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